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Sodome, ma douce : captivant, beau et audacieux

22 juillet 2018, Dans: Meilleur avignon 2018
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Récit biblique détourné, Sodome, ma douce, dit, avec beauté et force, la chute d’une ville où le bonheur et les plaisirs étaient de mise et suscitaient la jalousie d’autres peuples. Elle nous livre un spectacle qui nous entraîne loin d’ici pour mieux toucher les peurs de notre société qui craint pour ses lendemains.

Par Emmanuel Bouclon – Elle a survécu à la destruction de Sodome, à la morsure du sel. Elle nous conte le récit de cette ville où il faisait bon aimer, boire et danser – une ville où le plaisir n’était pas tabou -. Une ville dont les habitants furent par ruse exterminés et les remparts rasés par ceux à qui cette joie était insupportable, comme une insulte à leur Dieu de la part de la ville bénie des dieux.

Elle, la narratrice comme la ville, est incarnée par un chœur de jeunes femmes tantôt envoûtant, tantôt nous entraînant dans sa colère et sa rage de vivre. C’est sobre, fort et saisissant. La parole qui passe de voix en voix nous captive et nous fait participer du destin de Sodome qui devient le temps d’un spectacle, notre patrie. La patrie de tous ceux qui aiment la liberté, les plaisirs et la douceur de vivre.

Le texte de Laurent Gaudé est d’une densité théâtrale rare que sait parfaitement faire vivre le collectif LOUVES.

On nous fait entrer sans répit mais en douceur dans cette fable tragique, ce récit biblique inversé puisque nous sommes, pour cette fois, du côté des vaincus, du côté de ceux que le Dieu d’Abraham a écrasé dans le livre de la Genèse. C’est audacieux.

Tout de la mise en scène, de l’interprétation et de la scénographie est réussi et met en forme avec vigueur ce récit.

L’alternance de moments dits et de danses, presque mystiques, est parfaitement saisissant – on pourrait, peut-être, parfois regretter des transitions un peu brutes entre les deux formes d’expressions ou systématiques-. Les voix toutes différentes sont justes, dévoilent une facette de cette anti-épopée, tout ne formant qu’un seul cri, un seul chant d’amour. Les costumes masquent les individualités sans tomber dans l’uniformité et le décor nous déporte dans un désert mythique.

NOTRE AVISSodome, ma douce est un spectacle urgent et essentiel, qui sait puiser dans le détournement des récits qui constituent notre imaginaire culturel, un texte pour aujourd’hui. Un texte qui nous entraîne dans les terres du Proche-Orient pour dénoncer tous les obscurantismes qui se servent aujourd’hui des religions pour justifier les attaques contre notre société. On peut aussi y lire le poison des peurs qui, peu à peu, nous démolissent de l’intérieur.

Sodome, ma douce, de Laurent Gaudé, par le collectif LOUVES, du 06 au 29 juillet 2018, à 13h10, au Chapeau d’Ebène Théâtre (04.90.82.21.22). Relâche les 11, 18 et 25 juillet. 

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