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Vivre ne suffit pas : sobre et percutant

15 juillet 2018, Dans: Meilleur avignon 2018
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Un couple, un cancer dépassé… un couple qui s’aime mais se déchire, regarde ailleurs. La vie, belle et moche à la fois… la vie qui est ici dite et donnée avec à voir avec des mots justes et une interprétation sobre et impeccable. Percutant.

Par Emmanuel Bouclon – Anna et Loïc, cinquantenaires parisiens aisés, les enfants partis, un couple qui s’aime. Anna a connu un cancer, s’est battu avec Loïc à ses côtés pour s’en sortir. Certains diraient qu’ils ont tout pour être heureux. Et quand on a survécu à cette saloperie de maladie, comment ne pas l’être, se concentrer sur l’essentiel. Mais Anna et Loïc n’ont pas la même vision de ce bonheur à retrouver : pour l’un, il faut poursuivre la vie ancienne avec le cancer comme parenthèse; pour l’autre, c’est une vie nouvelle, dans de nouvelles outres, qu’il faut construire.

Derrière cette envie de nouveauté, d’expériences renouvelées, se cache aussi la difficulté à se dire l’usure de la séduction dans le couple, le poids des ans et des frustrants non-dits ressassés.

Alors, on tâtonne, on s’égare et on fait souffrir, on se perd – parfois définitivement – dans de nouvelles illusions, d’étranges rémissions.

Le couple dans la force de l’âge est un classique du théâtre privé ; Vivre ne suffit pas le revisite avec une force inattendue, une précision et une justesse étonnantes. Les mots tapent forts, nous ébranlent quand ils bousculent le partenaire, touchent là où ça fait mal. Rien ne semble convenu et surfait dans cette confrontation de bourgeois convenus. Tous ceux qui aiment ou qui ont aimé peuvent se sentir concernés par ces mots qui disent je t’aime mais j’ai envie d’ailleurs, d’un autre peut-être… j’ai envie de vivre mais je ne sais pas comment.

Les deux acteurs portent ce texte avec une justesse étonnante ; sobre, sans un cri ou une larme de trop, ils vivent et disent les mots qui percutent, qui font mal ou qui rassurent. Si on a un peu peur de leur retenue au début de la pièce – Loïc semble comme étranger aux déchirures de sa femme -, on leur en sait gré après avoir voguer avec eux plus d’une heure.

Le décor est à l’avenant : un canapé, deux cloisons japonaises, un fond bleu. Une sobriété qui sert d’écrin aux mots simplement, sans en distraire, ni les contraindre. Entre chaque scène, marquant une étape du couple, on prend alors le temps d’une musique, comme pour permettre aux spectateurs de digérer, de s’approprier ce qu’ils ont vu et entendu. C’est agréable aussi un spectacle qui n’a pas besoin d’effets pour exister… pour dire du vrai…

NOTRE AVISVivre ne suffit pas est un spectacle qui ne la ramène pas, qui n’en rajoute pas – comme son affiche -. C’est un moment de vérité et de justesse sur l’amour et le couple.

Vivre ne suffit pas, de Jean-Mary Pierre, mis en scène par Hélène Darche, à l’Espace Roseau  (04.92.25.96.05) , du 06 au 29 juillet 2018 à 11h45.

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