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Salir : La résilience du corps des femmes

13 juillet 2018, Dans: Meilleur avignon 2018
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Danse, théâtre, vidéos, chants… tout dans ce magnifique spectacle vient nous parler, avec justesse, non tant des violences faites aux femmes, que de la manière de les dépasser, de re-vivre. On en sort certes bouleversé, bousculé mais surtout avec une folle envie d’exister, de se libérer de toute soumission. 

Par Emmanuel Bouclon – Une vidéo projetée sur un drap :  Une jeune fille danse, alcoolisée, dans une boîte; un jeune d’homme d’apparence sympathique joue la séduction. Et puis, toute en ambiguïté, la violence point, celle des hommes … quand elle devient insupportable, la danse prend le relais et donne à saisir l’indicible.

Les deux jeunes interprètes nous donnent ensuite à sentir le corps de la femme percuté par la violence de l’homme : dans l’acte sexuel, la soumission, la manipulation… Elles ne nient pas les ambiguïtés des relations hommes-femmes manipulées par certains. Mais elles nous conduisent d’abord sur les chemins de la résilience de ces femmes, de la danse qui permet de sortir – « salir » en espagnol – du choc de l’oppression ou de l’agression, de re-vivre.

Salir ne appesantit pas sur la meurtrissure, ne s’attarde pas sur la douleur ; ce qui l’intéresse c’est comment vivre malgré l’abus, comment vivre à nouveau avec sa blessure et ses interrogations.

Les deux artistes donnent à voir des femmes toute à la fois sœurs, confidentes, parfois presque enfantines. Le soin qu’elles prennent l’une de l’autre leur permet de cicatriser et d’exister à nouveau. Elles sont justes dans l’ensemble de ces registres.

Leur performance, soutenue par une musique originale envoûtante, est étonnante : belle, sensible, forte et fragile à la fois…

Leurs corps en disent tant.

Elles réussissent aussi à accorder danse, théâtre, chant et vidéo : chaque médium est convoqué au bon moment pour exprimer des registres différents. Ce qui se dit avec l’un ne peut de manière identique avec l’autre : chaque art est utilisé pour sa capacité à dire tel ou tel aspect de ce dialogue de femmes avec justesse ; ils ne se répètent pas.

La scénographie est minimale, avec quelques accessoires aux rôles multiples ; tout est nécessaire et comme des enfants, elles en font des supports d’imaginaires. La lumière vient souligner toujours à propos des moments de danse sans jamais nous perdre.

NOTRE AVIS – Il s’agit réellement d’un spectacle coup de cœur, à ne pas manquer. Bien entendu, c’est un spectacle qui remue, spectacle autant politique qu’intime ; mais il ne nous met jamais mal à l’aise, il nous porte vers l’avenir, donne une pêche folle tirée de l’énergie étonnante des deux interprètes.

Salir, par Clara Prieur et Corinne Spitalier, musique originale d’Othmane Laraki, tous les jours à 19h45 aux  Hauts Plateaux. Relâche les 11, 18 et 25 juillet 2018. Réservations : 06.16.89.75.65

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