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Maldoror/Chant 6 : La beauté d’un conte noir

19 juillet 2017, Dans: Meilleur Avignon 2017
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Proposer au théâtre Les Chants de Maldoror relève sans doute d’une gageure ; C’est en tout cas une réussite mis en scène par Michel Raskine. Il nous fait rentrer avec force dans cet univers baroque et fabuleux de Lautreamont et laisse dans nos esprits quelques images assez indélébiles.

Par Emmanuel Bouclon –  La pièce se concentre sur le chant 6 de l’œuvre, un petit texte romanesque qui tend à se moquer des feuilletons populaires de l’époque.

Mervyn, jeune homme de 16 ans et 4 mois, plein de rêves reçoit dans la demeure parisienne de ses parents, une lettre envoûtante et inquiétante, sans signature, qui l’invite à le rejoindre au pont dû Carrousel pour quitter la ville vers des horizons lointains. Il y répond et se rend au rendez-vous proposé par Maldoror, dont les intentions sont plus que néfastes…

L’écoute du texte peut sembler ardue au début. La langue de Lautreamont, complexe, riche, foisonnante n’est pas d’abord faite pour l’oralité : il faut toute l’énergie, le talent, la conviction des trois comédiens pour nous permettre de nous en saisir.

Jamais un instant, ils ne disent un mot sans lui donner force et puissance, sans veiller à ce qu’ils nous parviennent avec toute sa signification.

La scénographie est d’une grande simplicité mais quelques accessoires utilisés de manière originale et intelligente permettent de créer les différents univers : l’hôtel particulier du des parents de Mervyn, les rues de Paris la nuit…

On aime à suivre Mervyn dans ses exaltations – lui qui nous rappelle nos rêves d’adolescence -, à trembler pour lui et à détester Maldoror. Les tableaux créés par les trois comédiens sont saisissants et laisse à notre esprit une empreinte forte. Et si la musicalité du texte nous absorbe un instant, ils nous reprennent au passage pour nous conduire vers le prochain rebondissement.

NOTRE AVIS – Cette récente création – Maldoror/Chant 6 – permet de révéler la théâtralité inattendue du texte des Chants de Maldoror : c’est une occasion de (re-)découvrir cette œuvre particulière de la littérature française. S’il faut quelques instants pour entrer dans le rythme et la sonorité du spectacle, on ne regrette pas ses quelques efforts et d’avoir accepter ce voyage dans le Paris nocturne de la fin du XIX° siècle : la promenade est envoûtante et belle.

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