LES MEILLEURS SPECTACLES DU FESTIVAL, LE BOUCHE À OREILLE

La pédagogie de l’échec : sur une bonne pente !

7 juillet 2015, Dans: Meilleurs spectacles 2015
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Franchement, au début, j’ai détesté. Un truc bof-bof-moyen-moins mais qui peu à peu s’est transformé en apothéose. Le sujet: le travail qui nous dirige. Un texte de Pierre Notte. Une mise en scène de Alain Timar. A VOIR !


Par Céline Balloy – C’est l’histoire d’un monde qui s’écroule. Une guerre, une météorite, un cyclone dévastateur. On ne sait pas exactement. Il ne reste plus rien sauf deux salariés d’une grande entreprise qui ressurgissent sur le plateau, miraculeusement sauvés, en tenue de travail, dignes: veste cintrée, chemise, talons, chignon banane.

Lui, c’est l’assistant, elle c’est la boss. Un rapport professionnel dominant-dominé qui continue de persister malgré les vitres brisées, les murs tombés, les toilettes détruites et la salle de café écrasée sous le poids des décombres.

Ils sont là, alors ils continuent de s’accrocher à ce qui dirige le mieux leur vie : leur travail. « Où en est-on dans le dossier Delamain ? » « Il est dans le parafeur ». Debout, sur ce qu’il reste de l’entreprise, un planché de 4m sur 4m, ils parviennent à être et exister dans le respect de l’organigramme. S’accrocher à leur pouvoir. Même si tout n’est plus tout à fait comme avant. Elle, une chaussure en moins qui la fait bêtement boiter. Lui, une grosse envie de pipi, mais où faire pipi, quand il n’y a plus de toilettes, hormis accidentellement sur le sol ?

Le travail est une mise à l’épreuve. Chacun veut défendre sa place. Maintenir un pouvoir sur l’autre.

 

Puis le dérapage… C’est ainsi que tout commence. Les personnages lâchent prise et Vlan ! le chignon banane. Et Tiens ! Un coup de stylo dans la jambe. « Ah tu veux un stylo pour signer le dossier Delamain, et bien le voici ! »

Alors, la pièce commence vraiment. Car, la première moitié m’a laissée indifférente. J’entendais un texte drôle mais je voyais un spectacle pas drôle. Mal servi. Une sorte de loupé. Une mise en scène hygiénique, un jeu d’acteur honorable. Le tout arrosé de quelques morceaux de piano contemporain comme pour nous signifier les moments importants « Là, c’est là ! ». Bref, je m’ennuyais…

Il faut défendre sa peau. Chacun pour soi. Ecraser l’autre. Lui dire qu’il pue.

 

Enfin, les acteurs se lâchent. Les personnages aussi : en même temps que le sol se dérobe sous leurs pieds (le plancher penche de plus en plus pour atteindre un angle de 45°), ils nous livrent une facette intéressante: du moche, du répugnant, du détestable, et on adore ça. Quand c’est sale.

On les voit qui s’accrochent à leur existence dans le travail, à moitié déshabillés, les fesses à l’air, à s’essuyer le cul avec le fameux rapport Delamain, dont tout de monde se tape mais qui maintient la position de chacun. Ils s’accrochent à un bout de planché qui craque, qui s’effrite, pour ne pas tomber dans le trou, le vide autour d’eux. Ils s’accrochent à n’importe quoi, à une jambe, au pied de l’autre. Et le discours polissé et courtois du monde professionnel laisse place aux insultes, car il faut maintenant ne penser qu’à soi, pour sauver sa peau. « Vous avez mauvaise haleine d’abord! » « Si vous me poussez je vous entraîne avec moi ! ». 

Quand les repères tombent, le lâcher-prise s’installe

 

Jusqu’au moment, où le rapprochement laisse place à une tentative. Tout les repères sont tombés alors pourquoi ne pas se laisser complètement aller ? « D’accord, mais vous en dessous ? » « Et pourquoi pas vous ? ». « Moi, en dessous, mais ce n’est pas ma place ! ». Le pouvoir, toujours le pouvoir, même dans les pires situations.

MON AVIS. J’ai été embarquée dans cette histoire. Un brin de folie dévastatrice. Un discours circonstancié qui se dissipe au profit d’un lâcher prise, un truc un peu salingue et drôle qui nous renvoie à nos propres existences. De quoi est-on capable pour garder la face et sa place dans la société – sa raison d’être – dans les pires situations ? A VOIR !

Théâtre des Halles, 17h, 1h30, 04 32 76 24 51, mise en scène de Alain Timar

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